Madeleine Heiden
Passer au contenu principal

madeleine

À propos de

Madeleine Heiden

Artiste peintre française …

Mon histoire

Je peins des souvenirs, des lieux et des scènes de vie du quotidien.
J’aime que mon travail se visite comme une maison de grand-mère: on y retrouve des objets familiers, des atmosphères douces, des fragments de mémoire.
 
Je suis née dans le Nord de la France. Le dessin est entré très tôt dans ma vie, comme un besoin plus que comme une envie. Enfant, je dessinais sur tout ce qui m’entourait : sur les murs, dans les livres, à même le corps. Penchée sur mes crayons, le monde extérieur s’effaçait. Le dessin suspendait le temps ; la violence autour de moi disparaissait. Très tôt, mon regard s’est attaché aux détails: formes, proportions, motifs absents ou inexacts. Là où d’autres simplifiaient, je cherchais la justesse. Cette attention, parfois excessive, ne m’a jamais quittée. Nous déménagions souvent. En traversant la France, j’ai découvert ses régions, ses paysages, et ses mille accents. Les maisons n’étaient jamais les mêmes, mes repères basculaient. Mon imaginaire s’est nourri de ces chemins.
Petite, la fatigue et la sidération m’empêchaient de suivre le rythme qu’on me demandait. Le dessin devenait un moyen de tenir, de structurer l’espace lorsque tout vacillait. Longtemps, je n’ai pas osé peindre. Les essais me semblaient maladroits. Pastels, craies grasses, aquarelle et acrylique : j’abandonnais vite. J’ai longtemps abandonné ce qui me résistait d’ailleurs.
 
Mais il existait un autre monde. Une fois par an, nous partions chez mes grands-parents maternels, Paul, Giselle et leurs huit enfants. Leur campagne était un territoire de simplicité et de raffinement mêlés. Dans le jardin, ou peut-être était-ce un basse-cour, les cris d’animaux se mêlaient aux couleurs franches de la campagne, aux jurons et à la délicatesse. Ils peignaient, dessinaient, écrivaient de la poésie. Ils m’ont appris à devenir une adulte sans renoncer à l’enfance. Là-bas, on apprenait à « pas foirer une compote », on tricotait aussi, ou on crochetait des serrures. Bref, je devenais une grande, tout en restant une enfant. Ces quelques objets en mémoire d’eux habiteront mes scènes du quotidien. Une manière de les garder encore près de moi. Mon travail prolonge alors ce qu’ils ont laissé.

Aujourd'hui

À mesure que ma pratique se structure et trouve un premier écho, la question de la mémoire devient plus insistante. C’est alors que mon père traverse une période de grande fragilité. Derrière son énergie, ses rires et son goût pour la musique, se cache un combat. Je l’accompagne longtemps, jusqu’à son dernier souffle. Sa disparition bouleverse profondément ma trajectoire.
 
En Suisse, après de nombreux refus, on finit par m’accorder une confiance, et j’entre dans le monde du café de spécialité. J’apprends le service, l’extraction, les procédés de traitement.
 
J’observe, analyse et goûte. Progressivement, cette pratique s’intègre à mon travail. Je deviens artisan du café. J’utilise l’espresso concentré comme médium, mêlé aux pigments d’aquarelle. Je peins d’abord des portraits de lui, puis des objets qui me rappellent notre quotidien. Je cherche à maîtriser une matière instable, vivante. Cette recherche m’apporte un nouvel équilibre. J’ose des formats plus grands, je m’essaye à l’acrylique, à l’huile et mon geste devient plus clair. 
Je m’inspire des techniques impressionnistes, je passe des heures à regarder les œuvres de Monet, Renoir, Pissarro.. La paix que je cherchais dans ma peinture devient plus durable. Elle ne relève plus seulement de l’imaginaire : elle s’inscrit dans le réel, couche après couche. Ma peinture n’est plus mon seul refuge. La sérénité que j’inventais enfant, dans mes rêves, je commence enfin à la vivre. 
 
Peindre, pour moi, n’est pas figer le passé ;
c’est lui offrir un renouveau !
 

À mon père

Hervé Hede, est né le 27 novembre 1952 à Calais. Enfant unique, il écrivait chaque année à saint Nicolas pour demander des petits trains et lui rappeler qu’il avait été sage. Il écrira longtemps, jusqu’au jour où il cessa d’y croire. Fils de parents exigeants, il apprit très tôt qu’il n’y avait pas d’espace pour l’essai, pour l’erreur. Il éleva ses enfants avec la fermeté pour modèle, puis s’adoucira avec le temps. La vie le traversa violemment : séparations, amitiés perdues, nouveaux amours, nouvelles responsabilités. Il aimait intensément, parfois maladroitement. Excessif par nature, il raffolait de musique trop bruyante et des repas trop long. Il aimait pleurer devant les films. Johnny Hallyday, Creedence Clearwater Revival, Procol Harum, Édith Piaf ces chansons le traversaient. Quels souvenirs y étaient attachés, je ne les connaîtrai jamais.
 
Sa tristesse était pareille au silence qui s’impose après la fête. Elle ne le quittait jamais tout à fait. Elle habitait son regard. C’est au moment où il avait perdu tout espoir qu’un sursaut de vie le ramena complètement parmi nous. Il s’est rappelé que la vie lui était chère. Après s’être battu pour retrouver toute sa vitalité, son énergie, il réussira, un première fois. Il y laissera une partie de son visage dans la bataille. Gueule cassée mais décidé, il reprit le contrôle de sa vie. Une opération qui devait pallier ses dernières souffrances échoua ; il nous quitta brutalement.